L’église de Santa-Maria-Figaniella était au Moyen-Age l’église principale de la pieve de Veggeni. Elle fait partie d’un groupe de monuments romans, de style identique, bâtis dans l’Alta Rocca, au moment de la main-mise par les Pisans sur les affaires religieuses de l’île. On a alors vraiment le sentiment que les architectes et les équipes de muratori, sans doute venus de Toscane, ont travaillé au même programme de modernisation des sanctuaires.
En l’absence de documents d’archives à son sujet, elle est datable par comparaison avec d’autres églises du milieu du XIIe siècle, à l’apogée de l’art roman pisan en Corse.
Lorsque Mgr Mascardi la visita en 1587, il prit soin de signaler dans sa description la présence d’un maître-autel sous l’abside peinte d’« antiques images », sans doute des fresques exécutées au XVe siècle, comme ce fut le cas dans un certain nombre d’églises romanes. Le clocher actuel, accolé à l’abside, est en tout cas postérieur, car non mentionné dans ce document.
L’église Santa Maria a été classée Monument historique en 1927.
A quelques détails près, cette église est très comparable à la pieve de Carbini et à celle d’Attalà. Les trois églises sœurs, distantes de seulement quelques kilomètres, ne sont cependant pas exactement identiques : on peut dire qu’elles témoignent d’une réflexion sur le modèle architectural importé d’Italie, qu’on peut adapter parce qu’il n’est pas encore figé. Santa Maria Assunta adopte un décor inspiré des deux autres églises, qu’on pense être antérieures de quelques années : la composition de la façade, avec son fronton triangulaire souligné par les corniches ne laisse pas de doute à ce sujet.
Le double arc de la porte principale rejoint cette fois la corniche inférieure, donnant ainsi plus d’importance à cette ouverture (le tympan aujourd’hui ouvert était plein à l’origine). Les proportions de chaque élément de la façade semblent avoir été mieux calculées qu’à Carbini : si la structure est la même, on remarquera facilement que l’église semble plus ramassée sur elle-même, parce qu’elle est un peu plus large et surtout moins haute. On compte cette fois 11 petits arcs dans la corniche horizontale (pour seulement 9 à Carbini), séparés du bandeau mouluré par un décor en dents d’engrenage. Ainsi, le fronton, plus ostentatoire, occupe désormais presque la moitié de la hauteur, contre un tiers auparavant, et la croix évidée entre les assises de pierre est bien mise en valeur au creux d’un arc en plein cintre cette fois trois fois plus ample que les 6 qui montent vers lui. Cette impression d’équilibre est sans doute aussi accentuée par la régularité des assises et la perfection de la taille des blocs, pratiquement à joints vifs.
La façade orientale répond également à la façade occidentale : c’est le motif des dents d’engrenage et le bandeau mouluré qui assurent la continuité du décor et coiffent le toit de l’abside d’un autre fronton, parfaitement semblable à l’autre dans sa partie haute. Le toit ayant été refait en tuiles quand la nef a été voûtée (en ciment !), lors de la restauration des années 50, l’abside est d’ailleurs la seule partie de l ‘église à avoir conservé sa couverture en teghie. Sa fenêtre d’origine est reconnaissable sous l’ouverture moderne. Les murs latéraux sont percés de trois fenêtres ébrasées vers l’extérieur, à l’arcature soulignée par un trait ou une fine cordelière. Le mur latéral sud est percé d’une porte qui n’est pas celle d’origine, qu’on reconnaît à sa droite, obturée, et répondant au même scéma que la porte principale, en plus étroit cependant. Pour finir on notera que, cette fois, tous les arcs de la corniche sur toutes les faces du monuments sont faits sur le même modèle, taillés en creux et soulignés par un trait dans des blocs monolithes, ce qui leur confère plus de régularité. C’est la somme de ces petits détails qui fait penser que Santa Maria Assunta est la plus aboutie des trois églises sœurs de l’Alta Rocca.
Laurent CHABOT
Monuments de Corse
Edisud 2003
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